Festival Maintenant!

La première rencontre officielle entre le monde des méditants et des militants à eu lieu le 21 septembre 2018 lors du Festival Maintenant à Louvain-la-Neuve. L’objectif de cette rencontre est de confronter des avis similaires dans le fond mais pas dans la forme. La militance étant souvent associée à la violence, l’idée est d’essayer d’identifier les différents bienfaits que pourrait apporter la médiation dans le combat pour un avenir plus durable.

Présents :

  • Antoine Lebrun – WWF
  • Céline Tellier – IEW
  • Juliette Boulet – Greenpeace
  • Augustin Jeoris – Institut Eco conseil
  • Jo Vancauwenberge – Goodplanet (excusé)
  • Ilios Kotsou – Emergence
  • Pierre Lucas – BAO
  • Nathalie Evrard – Réseau de Transition
  • Bernard  de Renesse – Terre et Conscience
  • Marc Lemaire – Equilibre

Animation : Isabelle Giraldo (Emergences)

Organisation : Equilibre et Emergences

D’emblée, le débat découle sur la nécessité de clairvoyance de la part du militant envers ses objectifs. Le militantisme est frénétique, les enjeux sont de plus en plus nombreux et on se sent souvent seul dans la lutte. De même, toute personne travaillant dans une organisation environnementale doit faire face à une double pression. D’un côté on retrouve la crainte du manque de financement et de l’autre l’accumulation des enjeux accompagnée par une nécessité d’agir vite et bien. De plus, ces enjeux environnementaux s’inscrivent dans un contexte de consumérisme où la consommation est synonyme de bien-être et de bonheur. Un récit capitaliste qui se nourrit de nos peurs, de nos failles, et qui nous pousse à accumuler sans véritable but. Ainsi, que ce soit pour le militant ou pour l’employé (ou pour n’importe quel individu), la pratique de la méditation peut éventuellement permettre de mieux appréhender la réalité qui nous entoure, de prioriser nos objectifs et de nous unir entre « mortels ».

Dans un autre registre, le débat s’est tourné vers la nécessité d’agir et de consommer localement. Un consensus s’est ainsi créé envers l’importance des petites révolutions au détriment des grandes révolutions qui aboutissent souvent à d’irréparables massacres.

Partant du principe que quoi qu’il arrive dans le monde, on le perçoit à partir de notre présence. Il semble contradictoire de vouloir changer le monde dans son entièreté. La méditation étant un voyage dans notre intérieur, elle pousse à nous intéresser envers nous-même et/ou à ce qui nous entoure à proximité.  Ainsi, avoir une pratique de contemplation c’est prendre soin de l’espace dans lequel le monde apparaît. Il ne faut donc pas séparer l’écologie intérieure de l’écologie extérieure, c’est en prenant soin de l’écologie intérieure qu’il sera possible de se relier concrètement à l’écologie extérieure. La méditation va, par conséquent, donner conscience au militant que plus il se concentre sur le local, plus ses actions seront concrètes et cohérentes.

Dans un contexte de répression, parfois violente, des manifestations environnementales, le militant se doit de garder son calme et de ne pas répondre à la violence par de la violence. Pour ce faire, il peut faire appel à la méditation afin d’acquérir un niveau de paix intérieure accru. Cette paix intérieure va ainsi permettre au militant d’accepter les défaites plus aisément et d’avancer plus rapidement, tout en restant calme. La méditation apparaît ici comme acte politique très concret car il permet de rester calme pour créer le calme. Deux exemples de cette pratique ont été cités : la solidarité des citoyens envers les réfugiés à Bruxelles et les indiens défendant la réserve de Standing Rock dans le Dakota du Nord.

Enfin, la méditation apporte de la justesse sur ce qu’il faut ou ne pas faire. Un des intervenant du débat pointe le doigt sur le fait que la pratique de la médiation donne la volonté d’être juste et équitable. Cette notion d’équité intéresse un nombre plus vaste d’individus (par rapport à la notion d’environnement) et peut être soit intragénérationnelle, soit intergénérationnelle. Il en découle que s’il existe un moteur qui peut faire changer les choses, c’est l’avenir de nos enfants. Il faut montrer l’exemple aujourd’hui à nos enfants par des pratiques de consommation durable pour que ceux-ci les reproduisent à leurs enfants et ainsi de suite. La sauvegarde d’un avenir sain pour nos enfants semble ainsi apparaître comme un des seuls objectifs que l’on retrouve chez l’ensemble des individus sur Terre.

Dissociables à la base, cette première rencontre nous a montré que les méditants et les militants ne sont pas si différents que ça. En effet, l’association des deux est bénéfique, voir nécessaire, à la création d’un avenir plus durable.

 

Extraits :

‘Ce ne sont pas les individus qui la composent qui sont malades, c’est le système. C’est le récit qui est proposé.’

‘Militer pour la rage d’une blessure à soi n’est pas juste.’

‘Le militantisme m’a épuisé et n’a donné qu’1% de réussite et pourtant je continue.’

‘Le passage du militantisme au méditant, serait l’activisme ancré dans le posture du méditant: une question d’équilibre.’

‘Aimer et être aimé est la quête première mais que la peur gangrène tout.’

‘Les récits d’aujourd’hui sont manipulateurs. L’Imaginaire proposé:  la voiture sur fond de la nature. L’institution dans son intelligence profonde détient la réponse juste. La nature est notre nature profonde. Elle propose de s’y identifier.’

‘Créer ces nouveaux récits peut se faire en projetant nos arrières petits enfants dans le futur.’

‘Le système se meurt, il est en angoissé, il est dans ses derniers retranchements, et il n’est plus que peur jusqu’ à même la folie. Tout s’emballe, Son état de choc le rend imperméable à toute action, toute parole, C’est vain.’

‘L’institution est sur son lit de mort et ne peut l’accepter, c’est le déclin. La peur, la folle de ces derniers instants ne veut rien lâcher et entendre. Si notre espace intérieur va jusqu’à accueillir toute la toile du vivant avec une posture de soin palliatif, l’institution malade pourra ” peut-être” livrer avec confiance son intelligence profonde, nécessaire aussi au changement.’